Si vous avez demandé comment accepter le paiement par carte sur votre site au Maroc, on vous a sûrement répondu : « Passez par le CMI. » Pendant plus de quinze ans, c'était la seule réponse possible. Depuis fin 2024, ce n'est plus tout à fait vrai, et beaucoup de guides publiés en ligne ne l'ont pas encore intégré.
Chez DEVAGA, nous avons intégré le paiement CMI sur plusieurs plateformes, dont Clubs.ma et le site de réservation de Terre Océane Padel Courts, et nous avons suivi la migration des contrats de nos clients début 2026. Voici ce qui a changé, ce que ça implique pour un site déjà connecté, et comment s'y prendre si vous voulez encaisser en ligne aujourd'hui.
Ce qui a changé, en quelques lignes
Le CMI (Centre Monétique Interbancaire) a longtemps été à la fois la plateforme technique du paiement par carte au Maroc et l'interlocuteur commercial des commerçants. C'est ce double rôle qui a pris fin.
À la suite d'une décision du Conseil de la concurrence (n° 152/D/2024), le CMI ne signe plus de nouveaux contrats commerçants depuis le 1er novembre 2024, ni pour les terminaux de paiement en magasin, ni pour le paiement en ligne. Ses contrats existants ont été transférés à de nouveaux « acquéreurs », des établissements de paiement pour la plupart liés à une banque, avec une échéance fixée au 31 janvier 2026 (30 avril 2026 pour les administrations et établissements publics).
Selon les opérations notifiées au Conseil de la concurrence en décembre 2025 et rapportées par Médias24, le portefeuille du CMI a été réparti entre six acteurs :
Acquéreur | Groupe bancaire |
|---|---|
Attijari Payment | Attijariwafa bank |
M2T | Banque Centrale Populaire |
CDM Pay | Crédit du Maroc |
Lana Cash | CIH Bank |
Al Filahi Cash | Crédit Agricole du Maroc |
Naps | Établissement de paiement |
Le CMI, lui, ne disparaît pas. Il devient la plateforme technique qui traite les paiements pour le compte de ces acquéreurs. Autrement dit, le contrat et la relation commerciale changent de main, mais la tuyauterie reste en grande partie la même.
Votre site encaisse déjà via le CMI : ce qui change pour vous
Bonne nouvelle : presque rien. Nos clients ont reçu deux courriers du CMI. Le premier annonçait le transfert de leur contrat vers un nouvel acquéreur, en précisant que le CMI continuerait à fournir ses services en tant que sous-traitant de celui-ci. Le second fixait la date de la migration technique et détaillait ce qu'elle impliquait.
Ce qui reste inchangé, selon ces courriers :
l'identifiant de la boutique (StoreID) et l'identifiant commerçant ;
l'adresse de la page de paiement ;
le parcours de vos clients au moment de payer ;
l'intégration technique de votre site ;
l'accès à votre back-office, historique des transactions compris, avec les mêmes possibilités de confirmation, d'annulation et de remboursement.
Aucune action n'était demandée aux commerçants, et aucune ligne de code n'a eu à être modifiée de notre côté.
Ce qui change :
le logo et la charte graphique du nouvel acquéreur apparaissent sur certains écrans de paiement ;
à terme, les fonds encaissés sont versés par votre nouvel acquéreur, et non plus par le CMI.
Trois petites vérifications méritent tout de même d'être faites. Repérez qui est désormais votre acquéreur et gardez ses coordonnées, c'est lui votre interlocuteur commercial. Prévenez votre comptable : l'émetteur des versements change, ce qui peut perturber le rapprochement bancaire. Enfin, relisez vos conditions générales de vente et vos mentions de paiement : si elles indiquent « paiement sécurisé par le CMI », c'est l'occasion de les mettre à jour.
Vous voulez accepter le paiement par carte : par où commencer en 2026
Pour un nouveau site, la porte d'entrée n'est donc plus le CMI, mais l'un des acquéreurs. Le chemin reste toutefois assez proche de ce qu'il était, et il se joue en cinq étapes.
1. Préparer votre site avant de déposer le moindre dossier
C'est l'étape que tout le monde sous-estime. Avant d'ouvrir les paiements, votre site est examiné, et un site incomplet retarde tout. Avant de lancer les démarches, vérifiez que vous avez :
un site en HTTPS, finalisé ou presque ;
des mentions légales complètes : raison sociale, adresse, numéros d'identification de l'entreprise, contact ;
des conditions générales de vente rédigées pour votre activité, pas copiées d'un autre site ;
une politique claire de livraison, d'annulation et de remboursement ;
des prix affichés en dirhams ;
des coordonnées faciles à trouver pour vos clients.
Il vous faudra aussi, bien sûr, une entreprise immatriculée et un compte bancaire professionnel.
2. Choisir votre acquéreur
Le réflexe le plus simple est de commencer par votre banque, puisque la plupart des acquéreurs sont rattachés à un groupe bancaire. Mais rien ne vous oblige à vous arrêter là. Comparez les frais de mise en place, la commission prélevée sur chaque paiement, le délai de versement des fonds sur votre compte et la qualité de l'accompagnement technique. Ces conditions se discutent, surtout si vous prévoyez un volume de ventes important.
3. Le dossier et le contrat
Attendez-vous à fournir les documents habituels de l'entreprise (statuts, registre de commerce, identifiants fiscaux, pièce d'identité du gérant, relevé d'identité bancaire) ainsi que l'adresse de votre site. C'est cette étape, plus que le développement, qui prend le plus de temps. Notre conseil : lancez le dossier en parallèle du développement de votre site, pas après.
4. L'intégration technique
Le principe est celui d'une page de paiement hébergée : au moment de payer, votre client quitte votre site pour une page sécurisée où il saisit sa carte et valide le paiement avec sa banque (3D Secure), puis il revient sur votre site. Vous ne voyez jamais les numéros de carte, ce qui simplifie beaucoup les choses côté sécurité.
Pour un développeur, les points délicats sont toujours les mêmes :
la signature des échanges, qui garantit que personne n'a modifié le montant en route ;
la notification serveur à serveur, envoyée par la plateforme de paiement pour confirmer le résultat. C'est elle, et elle seule, qui doit valider une commande. Le retour du client sur votre page « merci » ne prouve rien : il peut fermer son navigateur avant, ou tenter de tricher ;
les cas d'échec et d'abandon, qui doivent remettre la commande dans un état propre ;
les remboursements et annulations, que vos équipes géreront depuis le back-office.
Si votre site tourne sous WooCommerce ou un autre outil e-commerce courant, des modules de paiement existent. Vérifiez qu'ils sont maintenus et compatibles avec votre version. Sur une plateforme sur mesure, le paiement est rarement la partie la plus difficile ; c'est tout ce qui se passe autour. Sur la plateforme de réservation de Terre Océane Padel Courts, par exemple, il fallait bloquer le créneau le temps que le joueur paie, le libérer s'il abandonnait, et ne confirmer la réservation qu'à la réception de la notification de paiement, pour éviter que deux joueurs réservent le même terrain.
5. Les tests et la mise en production
Toute l'intégration se fait d'abord dans un environnement de test, avec des cartes fictives. Une fois les tests validés, vous recevez vos accès de production. Ne vous arrêtez pas là : faites un vrai paiement de faible montant, puis remboursez-le, pour vérifier toute la chaîne jusqu'à votre back-office et votre compte bancaire.
Combien ça coûte, et combien de temps ça prend
Côté frais bancaires, il n'existe pas de grille unique : les frais de mise en place, la commission par transaction et les éventuels frais mensuels dépendent de votre acquéreur et de ce que vous négociez. Demandez une proposition écrite à plusieurs d'entre eux.
Côté développement, le coût dépend surtout de votre site. Activer un module sur une boutique existante n'a rien à voir avec intégrer le paiement dans une plateforme de réservation ou d'abonnement sur mesure. Nous avons détaillé ce qui fait varier le budget d'un projet dans notre article sur le prix d'un site web au Maroc.
Quant aux délais, comptez plusieurs semaines entre le dépôt du dossier et le premier paiement réel. L'essentiel de ce temps est administratif, d'où l'intérêt de commencer tôt.
Les erreurs qui retardent le plus souvent l'ouverture des paiements
Déposer le dossier avec un site encore en construction, sans conditions de vente ni mentions légales.
Attendre que le site soit terminé pour lancer les démarches.
Valider les commandes sur le retour du navigateur plutôt que sur la notification du serveur.
Oublier de remplacer les accès de test par les accès de production le jour de la mise en ligne.
Ne pas avoir prévu comment gérer un remboursement avant d'en avoir besoin.
Et les alternatives ?
Les acquéreurs ne sont pas la seule option. Des agrégateurs de paiement, comme PayZone, proposent des solutions souvent plus rapides à activer et plus simples à intégrer, généralement en échange de frais un peu plus élevés. Ils peuvent convenir pour démarrer ou pour un petit volume de ventes.
Deux précisions qui reviennent souvent. Stripe n'est pas proposé aux entreprises de droit marocain. Et le paiement à la livraison reste très répandu au Maroc : pour beaucoup de boutiques, la bonne stratégie est de proposer les deux, plutôt que de choisir.
Notre retour d'expérience
On lit parfois que travailler avec le CMI est long et compliqué. Ce n'est pas ce que nous avons vécu : nous avons toujours trouvé en face de nous des équipes professionnelles et réactives, y compris pendant la migration des contrats de nos clients. Ce qui rend une intégration difficile, c'est surtout un site mal préparé ou un dossier lancé trop tard.
Vous voulez ajouter le paiement en ligne à votre site, ou lancer une boutique ou une plateforme de réservation ? Découvrez notre expertise en développement web et nos plateformes sur mesure, ou parlez-nous de votre projet.
À propos de l'auteur
Abdelhamid Boukhrisse
Entrepreneur et cofondateur de DEVAGA. Depuis 2016, j'accompagne des entreprises au Maroc et à l'international dans leurs projets web et mobiles.